Les œuvres du parc

Le Labyrinthe Autoparallèle photographié par un drone. Il est devenu le symbole du parc

Treize projets ont été installés à ce jour. Ils ont été créés par des artistes souvent en collaboration avec la galerie Maubert, à Paris, ou bien par des contacts directs ou d’autres galeries. Nous recherchons une parfaite intégration dans le parc. Il nous devient difficile d’imaginer que ces œuvres n’ont pas toujours été là. Ces sculptures sont dites « d’usage » car elles appellent toutes à un contact et une expérience physique : balancement, promenade sur un parcours de pierre, poser sa main sur une empreinte, prendre dans ses mains un gland en terre cuite,…

Elles sont présentées ci-après dans l’ordre chronologique de leur installation, entre 2015 et 2025. De nouveaux projets sont en cours d’élaboration. Le prochain chantier pourrait être la rénovation de la chapelle en 2026-2027. Nous nous plaçons dans le temps long. 

La première installation est « Rocking« , de Gabrielle Conilh de Beyssac. Œuvre magique tout au long des saisons, présente avec force. On aime lancer son mouvement de balancier, entendre sa vibration et regarder au sol les traces de son oscillation.

Quand les éléments jouent avec Rocking :

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« La Cabane » de Sara Favriau a été installée en 2015. Elle a été conçue pour son emplacement et assemblée par Sara et son équipe, pièce par pièce, après un travail de sculpture. Aujourd’hui, elle nous surprend toujours, différente d’heure en heure selon la lumière, la végétation qui l’entoure et l’angle selon lequel on la découvre.

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 « La Main Courante » de Nicolas Müller détourne une main courante d’un escalier d’immeuble à l’échelle 1 en une structure horizontale qui nous guide dans une allée d’herbe au milieu de la prairie. Les empreintes de mains, de famille et d’amis, donnent à cette œuvre une histoire intime qui nous inspire. Les empreintes ont été prises dans une structure souple qui servi de base au moulage en aluminium. Les reflets brillants du métal, variant selon la luminosité, paillettent l’oeuvre et donnent une forte intensité à cette ligne fine. Elle est comme la signature du parc. 

Une vue d’été

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Un matin de givre 

 Le « Labyrinthe Autoparallèle » de Gabrielle Conilh de Beyssac a été construit en août 2019 après une période de réflexion et d’élaboration qui a duré presque 4 ans. il se présente comme un tracé en pierre au sol sur lequel il est possible de se promener. On peut suivre à deux, en se tenant pas la main, des tracés parallèle. Il s’agit moins ici de se perdre que de vivre une expérience d’un parcours.

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Le Labyrinthe peu de temps après sa construction

Pendant les derniers mois de 2019, l’herbe a profité de la douceur des températures pour pousser rapidement :

« My Golden Friends » de Laure Mary-Couègnias a été installé au printemps 2020. Il s’agit de l’installation au pied d’un chêne d’un ensemble de 31 glands en terre cuite brute ou vernissée. Cette œuvre a été présentée dans le cadre de son exposition personnelle à la galerie Septième à Paris en 2020.

Laure souhaitait faire de cette exposition une archéologie inverse, un espace potentiel où le temps est suspendu suite à la disparition de l’espèce humaine. Sensible aux crises que notre société traverse, du changement climatique à la déforestation, aux espèces animales qui disparaissent, Laure examine avec un regard tendre nos modèles qui se fanent et se détruisent progressivement, et imagine les vestiges possibles de belles choses que nous serons amenés à laisser derrière nous.

Les sculptures de glands en terre cuite, déposées au sol, évoquent l’excavation d’un site archéologique. Certaines d’entre elles, épargnées par le temps sont en émail, et ont pu conserver leur beauté scintillante. A travers ces sculptures, Laure souhaite donner écho à une autre actualité de notre temps et imagine une phase terminale au #metoo. Les glands, fruit gras que l’on donne à manger aux porcs de luxe pour obtenir un jambon de qualité, portent en eux une grande ironie et prédisent le déclin cynique d’un patriarcat tombé au sol.

Créant son propre monde onirique dans une poésie réconfortante, Laure propose de passer à l’examen de notre avenir et de mettre entre parenthèses celui des vestiges du passé. Selon elle, l’homme a appris à vivre, à survivre et doit aujourd’hui apprendre à s’effacer tout en se permettant d’admirer son passage sur terre. En acceptant sa propre disparition, Laure souhaite que l’homme perçoive le meilleur de ses acquis pour profiter de ses derniers instants.

(extraits du texte de Léa Perier Loko, galerie Septième)

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« Les Totems » sont un ensemble de 3 sculptures verticales créées par Ulysse Lacoste dont l’atelier est à Semur-en-Auxois. « La Constante », nommée en hommage à Constantin Brancusi, auteur de la Colonne Infinie, « La Tourmente » enfin « L’Ardente »ont été installées entre 2021 et 2023. Nous avons rencontré Ulysse en 2019 et très vite nous avons apprécié son travail et ses jeux géométriques qui nous ont rappelé la géométrie des plantes. Nous avons pensé que les Totems seraient un hommage à ces végétaux dont beaucoup souffrent du changement climatique. Ils sont installés dans des clairières qui sont apparues suite à l’abattage ou à la chute de plusieurs arbres du bois se situant derrière le potager.

La Constante

La Tourmente

L’Ardente

« L’Echiquier » est une œuvre de Nicolas Daubanes qui a été construite sur place en avril 2022 après une année d’échanges. Nous suivions Nicolas, artiste très engagé, depuis plusieurs années et son exposition de grands dessins à la limaille de fer au Palais de Tokyo a été le déclencheur de cette collaboration. Dès le printemps 2021, Nicolas nous a présenté les grandes lignes de son projet qui s’inscrit dans sa réflexion générale autour de l’univers carcéral, la déportation, la résistance. Ses œuvres nous parlent d’humanité et de liberté. Ainsi, dans le cadre de ses recherches, il a découvert de petits billets manuscrits tombés des train en partance pour les camps de concentration pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Ces billets expriment beaucoup de tendresse, d’amour, d’optimisme affiché. Certains sont ainsi retranscrits sur le pavage en béton de cet échiquier en lettres de céramique découpées sur des plaques (le positif) qui ont été brisées par Nicolas. Ces fragments de plaque (le négatif) ont été incrustés sur le pavage, comme si ils avaient été jetés violemment sur le sol, figurant ces destins brisés.

L’Echiquier a été construit avec 64 dalles de bétons des deux couleurs, coulées sur place. Il est installé au milieu de la prairie, non loin de la butte qui accueille les oeufs de dinosaure, ce qui permet de le voir avec un peu de hauteur. Des chemins d’herbe y donnent accès et invitent à le parcourir.

Il nous a semblé comme évident dans un jardin « de Paradis » de rappeler le désordre de l’Humanité et son extrême violence. L’actualité tragique des premiers mois de 2022 vient renforcer encore le message fort porté par cette œuvre. Nous espérons que les visiteurs partageront ce moment de réflexion en se déplaçant sur l’Echiquier.

Nicolas Daubanes est représenté par la Galerie Maubert, sur le site de laquelle on trouvera sa biographie. Il a publié un très beau livre retraçant son parcours et son œuvre, « A bout touchant ».

L’incroyable coucher de soleil le 31 décembre 2022

« Contre-temps » est un cadran solaire analemmatique, c’est à dire posé au sol. L’ombre du corps humain sera l’indicateur de l’heure et pointera vers des plots numérotés en chiffres romains. La personne voulant connaître l’heure solaire se positionnera donc sur une règle en fonction du mois de l’année, pour tenir compte de la course du soleil, fonction des saisons. Nathalie Elemento en est l’auteur (sa biographie est disponible sur le site de la Galerie Maubert). Nous avions discuté avec Nathalie lors d’une présentation de son exposition personnelle à la Galerie Maubert en 2019 et elle nous avait alors montré un projet d’aménagement d’un parc comportant un cadran très similaire, qui correspondait très exactement à l’idée que nous avions depuis longtemps mais jamais réalisée. Ce cadran est le reflet parfait du concept de sculpture d’usage développé par Nathalie. La mesure du temps est une préoccupation de toujours et cette sculpture nous permet de nous réapproprier l’heure solaire grâce à une expérience personnelle. Le cadran est parfaitement intégré dans la cour du château et sa couleur verte céladon est un lien fort avec l’esprit du jardin. Il permet de se rendre compte du décalage important entre l’heure solaire et notre heure officielle, décalée de deux heures en été, en déconnection donc de rythme de la nature.

« Suspendido » est une oeuvre de la céramiste chilienne Marcela Paz Undurraga. Elle avait été exposée lors de l’exposition personnelle du même nom de Marcela en mai-août 2022 dans l’orangerie de la cour du château et cette oeuvre nous avait immédiatement séduit. Elle est composée de barres en argile de la région, reliées entre elles et suspendues par des cordes de chanvre naturel. Elle peut évoquer une balançoire, un hamac. Le sol du parc est essentiellement argileux et Marcela avait d’ailleurs réussi à le travailler. Marcela travaille l’argile de ses mains pour créer des formes primitives, universelles. « Suspendido », accroché à des arbres près de la source, joue avec la lumière à travers les feuillages. L’oeuvre connecte tous les éléments qui composent le jardin et nous connecte avec eux.

« De ce qui nous regarde, Antinoüs » est la combinaison d’un buste en marbre du XIXième siècle représentant Antinoüs et d’un socle conçu par Nathalie Elemento. « Une sculpture sur une sculpture est un lien fort entre l’antiquité, l’art classique et l’art contemporain »

Antinoüs, d’une grande beauté, était le favori de l’empereur Hadrien. Il est mort mystérieusement à l’âge de 20 ans noyé dans le Nil, fleuve source de toute vie et créateur de tous les dieux. L’empereur décida alors de le déifier et partout dans l’empire romain des temples furent érigés pour célébrer sa beauté. Les sculpteurs rivalisèrent de talent pour le représenter. Nous établissons dans le parc un dialogue entre la beauté humaine et la beauté de la nature que le socle de Nathalie Elemento souligne grâce au jeu des miroirs.

« Un objet de pensée à regarder, un objet de pensée qui nous regarde »

Teste de Nathalie Elemento :

Antinoüs, ce qui nous regarde –le socle- dans le jardin de courterolle. Une sculpture sur une autre sculpture.

Ici Le socle est une expérience. « De ce que nous voyons à ce qui nous regarde ». Tout en s’inscrivant dans le patrimoine, le socle poursuit son histoire. Historiquement créé à des fins religieuses d’adoration, il devient dans un parc une partie intégrante et intégrée, un objet d’art à la double distance du regard. De ce que nous regardons et de l’endroit d’où nous le regardons.

Pour le jardin de courterolles cette sculpture représentera elle-même la base, le socle d’une autre sculpture. Celle de la tête d’Antinoüs, jeune homme, amant de l’empereur Hadrien (76_138).

Ce qui peut apparaitre comme une confrontation (entre les deux représentations de la sculpture socle et la sculpture tête) forme en réalité une combinaison. Les deux « formes » s’ajustent dans la vision immersive d’un paysage reflété ou se joue le morcellement de notre image. Si la hauteur du miroir ne reflète ni notre tête ni notre regard, notre propre corps face à la tête d’Antinoüs opère une reconstitution physique. Par sa forme « ouverture », comme une porte, ce travail nous donne la possibilité de l’hésitation, le luxe de la réflexion, l’étrangeté du seuil : A la fois traditionnel et archaïque, il reflète l’endroit d’où nous le regardons. Il met en scène, par le renversement d’une image mouvante, le reflet du paysage, avec ou sans nous. Le socle est une invitation à regarder, à voir. Il offre la possibilité de perspectives, à l’image de nos émotions de notre capacité intérieure à être là et se sentir ailleurs.

« Le vase bleu aux oiseaux » est une oeuvre de Bela Silva. Bela Silva, peintre, sculpteur et céramiste est inspirée par la nature, ses mythes. Ses oeuvres comportent souvent des motifs végétaux, des animaux, des oiseaux ou s’inspirent des fonds marins. La couleur est un trait essentiel de son travail.

Il est le premier d’une série de trois, le deux suivants sont jaune et rouge. Ils ont été réalisé en 2024 pour le parc. Ils représentent aussi des oiseaux. Ces trois couleurs primaires sont à l’origine de toutes les couleurs du parc.

Le vase bleu est positionné au milieu de la spirale des bouleaux. Il est comme un morceau de ciel aspiré par la spirale et projeté dans le parc où il semble flotter au-dessus de la prairie.

Le vase jaune est placé en face du Labyrinthe dans la prairie. Ils se voient de très loin mais il n’est accessible qu’en trouvant l’accès par un sentier encadré de haies de saules. Il est alors comme un soleil.

Le vase rouge se trouve à l’opposé, contre un saule doré. On le découvre à partir de plusieurs chemins du grand arboretum. Il est plus caché des regards que les deux autres. Il représente un élément terrien alors que les deux premiers sont des éléments aériens.

« Charlotte » par Jules Levasseur, designer indépendant installé en Bourgogne, a rejoint le parc au printemps 2025 après une riche année d’échanges et d’expérimentations, comme pour l’ensemble du travail de Jules que l’on peut découvrir dans sa galerie « Métiers Vivants » à Semur-en-Auxois. Ce nom le prédestinait à une intervention à Courterolles. C’est en découvrant son travail très coloré à partir de chemins de câble que l’idée nous est venue de lui proposer de réfléchir à une structure qui serait installée dans une zone où il fait très chaud en été, pouvant supporter une plante grimpante et qui offrirait ainsi un refuge de fraîcheur.

Charlotte est une installation artisitique entre sculpture et cabane, jouant du matériau industriel et de l’élément naturel, vivant, à l’échelle du buisson, de l’environnement ou du paysage. Fabriquée en chemin de câble, Charlotte est une structure colorée composée de 3 formes identiques déployées sur un plan hexagonal. Comme enchevêtrées les unes avec les autres, ces formes sont inhérentes au chemin de câble et aux techniques de mise en forme qui lui sont propre. Le choix de la couleur souligne les mouvements présents dans l’œuvre, sa géométrie et sa construction.

Les couleurs primaires interagissent avec l’environnement naturel à proximité: elles permettent de souligner des étapes de floraison, des cycles naturels, la place d’une fleur ou la qualité d’une feuille lorsque ceux-ci se teintent de nuances colorées similaires. En entrant à l’intérieur de la structure, nous comprenons la force de ces effets d’optique lorsque notre regard se pose dans l’un des 6 vides de la pièce. Chaque pan du plan hexagonal est situé en face d’une plantation, arbuste, arbre ou buisson qui devient comme encadré par le chemin de câble coloré. Ce dernier fait référence à une grille, un standard, à travers lequel nous pouvons contempler le monde, le mesurer : faire dialoguer ainsi le vivant avec le produit industriel figé, purement humain, fruit de l’artifice et de l’ingénierie au profit de la construction et de l’optimisation.

La pièce est pensée pour être végétalisée afin de sublimer les temporalités et les respirations de la nature. Recouverte l’été, la structure deviendra une grotte ombragée, un temps de pause et d’observation pour les visiteurs. De l’extérieur, elle sera discrète. Dégarnie l’hiver, la pièce présentera ses couleurs et ses formes, comme une révélation pop dans le temps long de l’hibernation de la nature. Une intimité dévoilée à laquelle seuls les privilégiés auront accès. – Texte de Jules Levasseur http://www.juleslevasseur.com

La Fenêtre – Oeil Paysage est une oeuvre du peintre Adrien Couvrat. Elle se présente comme un mur avec une fenêtre et un retour sur lequel est installé un miroir. Les dimensions du mur et la position de la fenêtre sont exactellement celles de celui réalisé par Le Corbusier pour la villa « Le Lac » à Corseaux près de Vevey. Une face de ce mur est recouvert par des carreaux de céramiques émaillés conçus pour rendre des effets de couleur et de lumière très particuliers à son oeuvre.

Voici un texte qui permet d’appréhender le travail de cette oeuvre :

« J’ai transposé ma pratique picturale dans l’espace in situ du jardin de Courterolle. Le mur de carreaux émaillés striés change de couleur selon l’angle du regard : l’émail projeté dans un sens des stries triangulaires révèle des teintes dégradées d’un côté, et une teinte rouge monochrome de l’autre, faisant écho aux couleurs du jardin selon les saisons. Cela crée des transitions chromatiques comme un fondu enchaîné selon le point de vue du spectateur et des vibrations sur la surface sensible qui entoure La Fenêtre.

Le titre “La fenêtre – l’œil paysage” fait écho à la notion de Gaston Bachelard, qui concevait l’œil comme une fenêtre, un seuil entre l’intimité et l’immensité, entre le dedans et le dehors. L’« œil-paysage » désigne un œil poétique qui ne se contente pas de voir, mais projette l’imaginaire sur le réel. Le paysage est alors une co-création entre le monde et la conscience rêveuse.

Car ici le corps du spectateur devient essentiel à la perception : en se déplaçant, il active la transformation chromatique du mur et participe à l’œuvre. Cette mobilité révèle que voir n’est jamais passif mais toujours construction et interaction.

La fenêtre crée les conditions d’une vision particulière du paysage, encadrant un fragment de nature “immobile et en perpétuelle évolution”. Elle instaure une intimité nouvelle avec le jardin, questionnant notre rapport sensible au monde. »

Plusieurs vues selon des angles différents

Vues de la Fenêtre en l’abordant par les chemins du Grand Arboretum